Au Royaume-Uni, l’épidémiologiste vedette Neil Ferguson démissionne après avoir enfreint le confinement

Le « Telegraph » assure que l’épidémiologiste, en recevant une femme chez lui à plusieurs reprises, n’a pas respecté les règles qu’il a lui-même contribué à mettre en place.

L’anecdote faisait la « une » de tous les médias britanniques mercredi 6 mai au matin. Neil Ferguson, l’épidémiologiste vedette de l’Imperial College, éminent membre du SAGE, le comité scientifique du gouvernement Johnson, a dû démissionner la veille au soir, à la suite de révélations du Telegraph. Le journal assure qu’il n’a pas respecté les règles de confinement à la mise en place desquelles, par ses modélisations, il avait fortement contribué.

A « au moins deux reprises », précise le quotidien conservateur, une femme de 38 ans a traversé Londres depuis son domicile, au sud de la capitale, pour « passer du temps » avec le scientifique de 51 ans. Or, depuis le 23 mars, le gouvernement recommande aux Britanniques d’éviter tous les déplacements « non essentiels » hors de leur domicile.
« J’ai agi en pensant que j’étais immunisé »

Bon communiquant, très pédagogue, Neil Ferguson est passé au rang de personnage public depuis le début de la pandémie. Très présent dans les médias, ce spécialiste des mathématiques appliquées à la biologie, reconnu comme un des tout premiers dans sa discipline, n’hésitait pas à répondre aux sollicitations, et à recommander, régulièrement, l’importance de la « distanciation sociale ».

C’est sur la base de ses modèles que le premier ministre britannique, Boris Johnson, a fait volte-face, à la fin mars. Partisan jusqu’alors d’un certain « laisser-faire » face au nouveau virus, il avait finalement opté pour le confinement de la population, alignant sa politique sur celle de la plupart des autres pays européens. M. Ferguson et son équipe estimaient que, en l’absence de confinement de la population, 250 000 personnes, au bas mot, risquaient de mourir dans le pays.

« Je reconnais avoir commis une erreur de jugement », a déclaré le scientifique au Telegraph. Avant de s’expliquer :

« J’ai donc démissionné du SAGE [le comité scientifique du gouvernement]. J’ai agi en pensant que j’étais immunisé, ayant été testé positif au coronavirus et m’étant complètement isolé pendant au moins deux semaines après avoir développé des symptômes. Je regrette profondément d’avoir sapé le message officiel de distanciation sociale, qui est sans équivoque et destiné à tous nous protéger. »
Le Royaume-Uni, pays le plus endeuillé d’Europe

M. Ferguson n’est pas le premier dans son genre à tomber de son piédestal : début avril, la conseillère médicale en chef du gouvernement écossais, la docteure Catherine Calderwood, avait dû démissionner après avoir passé deux week-ends dans sa résidence secondaire, située au nord d’Edimbourg, en infraction aux règles du confinement.

La démission de l’épidémiologiste arrive, en tout cas, à un mauvais moment pour le gouvernement Johnson, obligé de justifier ses choix, alors que le Royaume-Uni a passé la barre des 29 000 décès liés directement au Covid-19 mardi, devenant, si l’on s’en tient aux chiffres officiels, le pays le plus endeuillé d’Europe par la pandémie.

La communauté scientifique nationale était partagée entre l’affliction et la colère mercredi. « Neil Ferguson est un bon modélisateur et un [scientifique] indépendant. Il a transgressé les règles il y a un mois. Alors pourquoi cette “non-info” est-elle sortie le jour où le bilan de nos morts a dépassé celui de l’Italie ? (…) Qui d’autre va être désigné comme bouc émissaire ? » s’interrogeait même sur Twitter Anthony Costello, professeur de santé publique à l’University College de Londres, et ancien collaborateur de l’Organisation mondiale de la santé.

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