Coronavirus : dans son fief lombard, Matteo Salvini fragilisé par la crise

L’ancien ministre, privé de meetings, est peu audible car la Lombardie, dirigée par son parti, a été débordée par la pandémie.

Le coup n’était pas mal monté, et en d’autres temps il aurait sans doute eu un certain succès. Dans la nuit du 29 au 30 avril, plusieurs dizaines de sénateurs de la Ligue (extrême droite, opposition), emmenés par leur dirigeant, Matteo Salvini, ont « occupé » l’hémicycle de la Chambre haute italienne, pour dénoncer le blocage de l’économie, les retards dans le versement des aides promises, les limitations de la liberté de circuler et, plus largement, la mise entre parenthèses des pouvoirs parlementaires par le gouvernement Conte, pour cause de crise sanitaire.

Pendant quelques heures, les selfies de parlementaires masqués ont envahi les réseaux sociaux, relayés par les habituels vecteurs de la Ligue. Mais au petit matin, le happening a pris fin, plutôt piteusement. C’est que, cette fois, l’initiative a provoqué beaucoup plus de railleries que d’éloges. Comment, en effet, l’ancien ministre de l’intérieur peut-il dénoncer la mise de côté du Sénat, alors que, depuis le début de la législature, il s’est plus mis en scène sur les plateaux de télévision qu’au Parlement ? Et est-il le mieux placé pour dénoncer la mise entre parenthèses du contrôle exercé par le pouvoir législatif, lui qui, lors du déclenchement de la crise gouvernementale qui lui fut fatale, à l’été 2019, réclamait les « pleins pouvoirs » ?

Depuis quelques semaines, le dirigeant de la Ligue semble avoir perdu la main. Privé d’estrades et de tribunes par le confinement, qui a comme suspendu la campagne électorale permanente dans laquelle il est engagé depuis plus de deux ans, sevré des selfies et des bains de foule qui étaient jusqu’à il y a peu son carburant quotidien, Matteo Salvini hésite, depuis deux mois, entre deux attitudes inconciliables – le « chiudiamo tutto ! » (« fermons tout ! ») pour ralentir l’épidémie, et la revendication du rétablissement au plus vite de la liberté de circuler. Elles ne font qu’ajouter de la confusion, tandis que ses dénonciations de l’immigration n’ont plus le même écho à l’heure de la fermeture générale des frontières.

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